lundi 11 mai 2015

Les élections britanniques pour les nulles

Chère Laurence,

Tu as sûrement vu les nouvelles. L'heure est grave. En voyant les sondages de sortie des urnes à 22 heures jeudi dernier, j'ai vaguement envisagé de me relocaliser à Édinbourg. Mais bon, ce serait un peu triste de quitter le navire si vite après y avoir embarqué. Ceci dit, si l'Écosse fait sécession, je reconsidèrerais ma position...

Bref, aujourd'hui, on va parler politique. Ça m'a pris un sacré moment avant de comprendre - en gros - comment fonctionne la scène politique britannique. Alors je voudrais te faire part de ce que j'ai pu démêler.

Les élections générales

Jeudi, donc, c'étaient les élections générales (#GE2015!!!). Ici, c'est un peu du deux en un : les parlementaires et les présidentielles du même coup. Les grands-bretons ont voté par petites zones géographiques (les "constituencies" - il y en a 650) pour élire leurs députés (les "MPs" pour "members of parliament", qui siègent dans la "House of Commons") un peu comme pour l'Assemblée Nationale chez nous.
C'est le leader du parti qui obtient la majorité (qui doit lui aussi avoir été élu dans son propre fief) qui devient premier ministre et constitue le gouvernement.

Le paysage politique

Avant d'aller plus loin, laisse moi te décrire le paysage politique britannique.

L'équivalent de l'UMP (en caricaturant), ce sont les conservateurs (ou Tories), menés par David Cameron.
Le Labour, c'est un peu l'équivalent du PS, en un peu moins à gauche. Il est mené par Ed Milliband.
Au centre, tu as un parti beaucoup plus petit, les LibDems (pour Liberal Democrats), menés par Nick Clegg.
À l'extrême droite, c'est l'UKIP avec Nigel Farrage, qui se concentre exclusivement sur la question de l'immigration et de la sortie de l'Europe. Leur image est un peu moins mauvaise que celle du FN. Et, de ce côté là de l'échiquier, tu as aussi le BNP (British National Party), mais il est encore plus petit.
Les verts (the Greens - comme tu l'auras deviné) ont pour leader une immigrée australienne, Natalie Bennett.

Enfin, comme le Royaume-Uni est une union, tu as des partis locaux. Sauf pour l'Angleterre, car comme tous les autres leaders sont anglais, il y a peu de doute quant au fait qu'ils défendront les intérêts spécifiques au pays.
Le plus important de ces partis "locaux", c'est le SNP (Scotland National Party), avec Nicola Sturgeon (nota bene : ici, Nicola est un prénom féminin).
Au Pays de Galles, tu as Plaid Cymru avec Leanne Wood.
Ces deux partis sont globalement plutôt à gauche.
Et il y a aussi un parti Nord Irlandais, plutôt à droite cette fois, mais on en a peu entendu parler pendant la campagne électorale.

À tout cela s'ajoute une foule de petits partis comme le "Cannabis is safer than alcohol party" (oui, oui, c'est vraiment leur nom).

Du coup, si tu as tout suivi, tous les leaders que j'ai nommés ont fait campagne comme pour nos présidentielles avec des débats télévisés et tout et tout. Sauf que les élections générales sont des élections parlementaires et que l'on vote pour les députés qui se présentent dans notre constituency.

Par exemple, même si j'aime beaucoup leur parti, je n'aurais pas pu voter pour le SNP car ils n'avaient des candidats qu'en Écosse (ce qui est un peu logique en même temps). (Et passons sur le fait que je n'ai pas voté du tout car il faut avoir la nationalité britannique pour pouvoir voter aux élections générales. Du coup... on verra pour la prochaine !)

Les élections de 2010

Maintenant, remontons à la précédente élection. 
En 2010, les Tories n'ont pas obtenu la majorité absolue (au moins 326 sièges) au parlement. Ils ont donc dû s'allier aux LibDems pour constituer un gouvernement de coalition. C'est comme ça qu'on a obtenu David Cameron en premier ministre et Nick Clegg en vice-premier ministre. Je te laisse jeter un oeil aux chiffres.
Conservateurs : 307 sièges
Labour : 258
LibDems : 57
SNP : 6
Plaid Cymru : 3
Greens : 1
UKIP : 0
 (Je ne te mets pas tous les autres petits partis pour limiter la confusion... Mais tu peux voir tous les détails là.)

Et voici la carte issue de cette élection là (merci Wikipedia).
En bleu les Tories, en Rouge le Labour, en jaune un peu foncé le SNP, en jaune un peu plus clair les LibDems (oui oui, c'est bien pratique), et le mini point vert à Brighton, ce sont les Greens.
Comme on peut s'y attendre, ce mandat s'est soldé de fortes coupes budgétaires sur toutes les questions sociales (en particulier concernant le système de santé - le NHS). Et tu auras sûrement noté dans notre presse pro tous les appels à l'aide de bibliothèques publiques menacées de fermeture, voire définitivement fermées.
Mais cette coalition a aussi bénéficié d'une reprise économique qui a permis une réduction de la dette du pays.

L'an dernier, deux évènements politiques ont fait bouger les lignes.

Premièrement, les élections européennes ont vu une victoire terrible de l'UKIP (qui veut sortir de l'Europe...).
Deuxièmement, un référendum s'est tenu en Écosse sur la question de l'indépendance. Le vote était plutôt serré, mais l'indépendance à été rejetée.

Les élections de 2015

Bref, tout ceci était peut-être un long préambule, mais j'espère que ça va t'aider à mettre en perspective ce qui s'est passé jeudi dernier.

Les britanniques sont donc allés aux urnes. Et à 22 heures, à la fermeture des bureaux de votes, nous avons eu droit à de premières estimations (qui n'étaient pas tout à fait juste, mais c'est un autre débat). Ce n'est que vendredi dans l'après-midi que les derniers résultats officiels de la dernière constituency sont tombés (et oui, ça prend du temps de compter les bulletins...). 
Je t'épargne la narration de cette longue nuit électorale. Ce sont ces résultats officiels que je vais te présenter maintenant.
Tories : 331 sièges
Labour : 232
SNP : 56
LibDems : 8
Plaid Cymru : 3
Greens : 1
UKIP : 1
Encore une fois je ne mentionne pas les autres partis, alors si tu veux tous les détails, tu peux aller voir ici.

Cette fois-ci, les Tories ont la majorité absolue, ils vont donc pouvoir gouverner cinq années de plus, mais sans besoin de coalition cette fois.
En gros : ça va barder pour le NHS et les autres prestations sociales. On aura aussi droit à un référendum pour savoir si le Royaume-Uni veut rester dans l'Union Européenne, et les conditions de cette participation seront de toutes façons très certainement remises en cause.
C'est tout à fait exceptionnel de voir le parti sortant, avec la même tête de file, se trouver renforcé après cinq ans de pouvoir. Et franchement, personne ne s'y attendait. On pensait tous que les résultats seraient beaucoup plus serrés et qu'il y aurait un autre gouvernement de coalition - d'un bord ou de l'autre.

Mais le véritable coup de tonnerre vient d'ailleurs.

Le design est différent, mais la légende est la même que pour la carte ci-dessus.
Encore une fois, merci Wikipedia.
C'est l'Écosse qui a viré jaune. Et cette fois-ci, ce ne sont pas des LibDems.
Après les élections précédentes, les sièges écossais se répartissaient entre le Labour, les LibDems, et le SNP. Cette fois-ci, le SNP a récolté 56 des 59 sièges disponibles dans le pays. Du jamais vu.
Nicola Sturgeon a répété à mainte reprise qu'elle ne faisait pas campagne pour un nouveau référendum d'indépendance. D'ailleurs, rappelle toi, moins de 50% des écossais étaient pour.
Mais cette victoire démontre très certainement que les écossais (qui ont déjà énormément de pouvoir sur leur propre pays, comparé au Pays de Galles et à l'Irlande du Nord) veulent encore plus de pouvoir et d'indépendance.

Les écossais ont donc contribué au grignotage des parts du Labour. Mais même en mettant bout à bout les sièges obtenus par ces deux partis, ils n'auraient pas eu la majorité. Le Labour a perdu de nombreuses constituencies qui sont passées directement dans les mains des Tories. C'est une défaite électorale magistrale. En conséquence, Ed Milliband a démissionné de sa position de chef de parti.

Mais pas aussi magistrale que la défaite du LibDem. Ils sont passés de 57 à 8 sièges. Belle claque. Nick Clegg sort donc du gouvernement et démissionne lui aussi de la tête de son parti.

Enfin, les verts se maintiennent gentiment à Brighton.

Et l'UKIP a gagné un siège. Mais Farrage n'a pas réussi à entrer au parlement. Du coup, pouf, démission. (Enfin, juste pour l'été, avant les élections internes au parti. Faut pas pousser quand même.)

Bref...

L'avenir semble bien sombre pour qui se préoccupe de la protection des plus vulnérables et de l'équité sociale.
Tu peux t'attendre à me voir te relater mes prochaines manifs pour la défense du NHS, la fin de l'austérité, et pour dénoncer les conditions inhumaines dans lesquelles sont détenus les immigrés "illégaux", parqués dans des centres de détentions gérés par des entreprises privées, un peu partout au Royaume-Uni.
La routine habituelle quoi.

Et puis, qui sait, j'irais peut-être visiter l'Écosse, juste histoire de voir si l'herbe y est un peu plus verte... (Ou jaune. Ou rouge.)


jeudi 30 avril 2015

La pochette de sac à main, c'est le bien

Salut ma chère Aurélie,

Tu connais cette situation.
Dans un bar, ton interlocuteur te parle d'un super livre et tu sais déjà que tu vas l'oublier alors vite, vite, tu sors ton carnet... mais tu n'as pas de stylo : Grmml grmml grrr ; Là dans ta cabine avant le cours du sport, tu viens de te changer et tu n'as plus qu'à mettre tes affaires dans un casier...mais tu as oublié le cadenas : Grmml gmml grrr; Ta soirée d'hier fait que tu ne t'es pas préparé à manger, et là au supermarché il y a cette salade fraîche et prête...mais qui pense à emmener une fourchette avec soi : Grmml grmml grr !

Oui, toi aussi, tu sais.
Du coup, de sac en sac, d'activité en activité, tu parfais la liste des choses à avoir sur soi, si bien que ton sac à main est un apocalypse de trucs mouvants à chaque heurts du métro, et que tu n'y retrouve plus rien.
Là, il te faut une pochette.

La pochette, c'est un truc qu'on a commencé à remarquer en magasin il y a une dizaine d'années, et qui existe en plein de dimensions et autant d'llustrations. Il y a à peu près un an, j'ai compris qu'il m'en fallait une, moi aussi, et j'ai essayé de choisir parmi les différentes possibilités, en fonction de mon quotidien (car j'entends bien que tout accessoire entré dans la pochette n'en sorte pas : la pochette, c'est mon couteau-suisse à moi).

J'ai donc vidé le contenu de mon sac sur le canapé, et après tri, j'ai obtenu ça :

carte de transports / rouge(s) à lèvres / boîte contenant un cube de savon et un cube de déo Aromaco de chez Lush / mini-crème hydratante / cadenas / élastique avec une barrette attachée / brosse à dents et dentifrice / couverts en plastique / carte de la salle de sports / clés de maison / brosse à cheveux / trucs de fille / mini-mascara / 1 Stabilo vert, 2 stylos à billes et 1 Criterium.

Ensuite, j'ai fouillé dans mes placards pour en sortir les contenants correspondants, et considéré diverses possibilités :

- La mini-trousse à maquillage : on y glisse un hydratant pour les lèvres, une carte de transports, un téléphone, et elle est pleine. Bien pour les minimalistes. Moi, ça m'oblige à avoir une trousse à côté pour les crayons. Donc, non.

- La trousse à crayons : j'ai essayé. Mais c'est trop oblong, et mon déo ne rentre plus.

- L'organiseur de sac à mains : ça existe, j'en ai regardé sur Internet, mais je n'en ai pas, et je n'en achèterai pas. Déjà ça ressemble au croisement entre un sac de transports pour rollers et une boîte à oeufs, en plus cela nécessite un zèle maniaque pour tout remettre parfaitement à sa place (et le zèle maniaque et moi...)

- La pochette de taille moyenne (15 cm par 23), que j'utilise pour les vacances : elle est toute bête et n'a rien d'autre de funky hormis son illustration décalée. Mais tout y tient, la toile est épaisse et sombre (parce que la légende urbaine est vraie, c'est quand même pas très hygiénique, un fonds de sac à main).

La pochette : état de l'art 2015
Donc, c'est celle-ci que j'ai choisi, et avec le recul, je dois t'avouer que je ne pense pas changer de si tôt. Je suis certaine d'avoir toujours les accessoires utiles sur moi, j'ai beaucoup réduit mes étourderies, et quand j'ai dû partir en week-end, la dernière fois, je n'ai pas ajouté grand-chose à cette liste avant de partir.
Mon sac à mains est plus organisé, et je commence même à avoir la réputation de celle qui a tout prévu, ce qui est très inattendu.

Mais comme je sais qu'on peut toujours faire mieux, dis-moi, tu l'organise comment, ton sac à main ?

lundi 20 avril 2015

L'impossible rêve du jean parfait

Chère Laurence,

Merci pour ton article sur la mode et les fleurs. Je suis toujours enchantée par ton lyrisme, même si je ne suis pas forcément d'accord. Tu nous annonces la mort des fleurs, au prétexte que nous nous sommes éloignés de la nature. Mais je t'opposerais deux arguments : 1/ le retour des citadins vers la campagne ; 2/ le business des fleuristes. Je ne poursuivrais pas, ce n'est pas ma spécialité, mais les gardenias dans ma chambre te prient de bien vouloir me croire : la fleur n'est pas encore tout à fait morte, même au sein des villes tentaculaires !

Sur ce, passons au sujet du jour. Je voudrais, moi aussi, te parler de mode. Mais cet article-ci sera bien moins lyrique et beaucoup plus pragmatique. Vois-tu, ça fait des mois que je suis en quête du jean parfait.
Je dis "Parfait", mais ne crois pas que je soit ultra chicaneuse et que ma quête soit vouée à l'échec dû à des demandes si complexes qu'elles ne seraient possibles à satisfaire, même par la plus dévouée des couturières. Rien de tout ça. D'ailleurs, tu peux juger par toi-même. Voici mes critères.
Je veux un jean qui soit :
  • À ma taille ;
  • De bonne qualité.
Je n'ai pas vraiment de critère de prix : pour une fois, je suis prête débourser ce qu'il faudra pour posséder au moins un item de qualité (dans la limite du raisonnable tout de même).

Or il semblerait que ces demandes - a priori simples - soit mutuellement exclusives. Il y a quelques semaines, j'ai entrepris de me faire tout Oxford Street. Je suis entrée dans chaque boutique et voici mon constat : les marques à peu près correctes, qui proposent des jeans de qualité, ne font pas les "grandes tailles". Ou si elles en ont quelques unes, c'est toujours dans les plus grandes longueurs de jambe (ce qui ne m'arrange pas vraiment : si je mets le prix pour avoir quelque chose de bien, ce n'est pas pour avoir à m'emmerder à faire un ourlet !).
Et les marques qui proposent ma taille ont des jeans dont la qualité se rapproche de celle du papier à cigarette, qui décèdent de leur belle mort dans les deux mois (et ça je peux en témoigner : c'est le genre de jeans que j'achetais jusque-là).

J'ai retenu mon souffle en découvrant que River Island proposait des jeans en taille 18 (l'équivalent d'un 46 à peu près partout). J'ai déchanté une fois dans la cabine d'essayage en découvrant sur l'étiquette une mention "FR 44" et en m'apercevant qu'il taillait effectivement dans les environs du 44, voire un peu plus petit. Dommage pour moi.

Tout ceci n'est que mensonges !


Lors de mon voyage aux États-Unis, je suis bien entendu allée faire un peu de shopping. Et là, miracle, luxe et volupté, j'ai découvert Old Navy. J'ai pu y essayer des jeans sympas mais trop grands pour moi (ce qui m'a beaucoup fait rire : ça faisait des années que ça ne m'était pas arrivé) et trouver "la" paire de jeans qui répond parfaitement à mes critères : à ma taille, et de (pas trop mauvaise) qualité. Je dis "la" car les autres, même en longueur de jambe "short" étaient trop longues.

Mais mon problème ne s'arrête pas là. Une paire de jeans, c'est bien joli, mais ça ne dure qu'un temps et ça ne te fais pas une garde-robe. Old Navy n'a pas de magasins en Europe. Si je voulais, je pourrais passer outre les frais d'envoi exhorbitants et en commander outre-atlantique. Mais si il faut renvoyer des items, ce sera pour ma pomme.

Alors pour la suite (les autres styles et couleurs de jeans que j'aimerais bien ajouter à ma capsule), la question reste entière et irrésolue : suis-je condamnée à mettre des jeans de merde ? Pourquoi le marché de la mode ne veut-il pas de mon argent ? À quand des marques inclusives qui proposent dans toutes les tailles des vêtements de qualité ?

Si tu as le moindre début de réponse à ces questions, chère Laurence, chers lecteurs, je t'en prie, fais m'en part !

- Aurélie

jeudi 16 avril 2015

En 2015, peut-on encore porter des fleurs sur ses vêtements ?

Hello chère New-Yorkaise,

J'espère -et je me doute un peu, maintenant, que tout aura été à ton goût dans cette ville rêvée (et peut-être aussi que tu ne vas pas m'annoncer d'ici six mois que tu y pars, car te visiter deviendra bien plus difficile). En attendant, j'ai fait un peu de shopping ces derniers jours, car avec le printemps vient un changement de garde-robe nécessaire, et voilà mes cogitations de cabine d'essayage ici rassemblées :

Tout d'abord, je ne sais pas si tu le constate aussi à Londres, mais les magasins sont plein d'une certaine sobriété design citadine. Le tweed noir et blanc, très graphique, est partout, notamment sur de grands manteaux surdimensionnés, destinés à être portés avec un sac à main de cuir noir et une tenue sobre (si possible en jean, car les accords noir-jean sont le must de la saison, ainsi que les couleurs gris-bleu marine-blanc-noir). Malheureusement, cette sobriété chic peut être un peu loupée quand elle est appliquée sans finesse : on oublie donc les chemises noires et bleues marine à motifs, je n'en ai pas trouvé une qui vaille, le motif cette saison c'est la fin, rien d'original, rien d'intelligent, ou en tout cas pas dans les boutiques qui sont dans mes moyens.
Et puis il faut se rappeler que le printemps, en tant que demi-saison, c'est l'antichambre de l'été : on envisage stylistiquement une simplification des motifs, un retour à la fraîcheur, qui doit préparer le grand épurement des mois ensoleillés, et ça c'est vrai de tout temps, mode ou pas mode. Les grandes ardeurs de motifs excentriques, c'est pour le milieu de l'automne et l'hiver, quand notre œil fatigué n'a pas grand'chose à se mettre sous la dent, niveau lumière et nature.
Cette fois-ci, il est donc question d'une simplification visuelle bienvenue, loin des excès des saisons précédentes.

Ensuite, j'en arrive au titre de cet article, parce que j'ai constaté dans de multiples boutiques qu'on nous refaisait le coup des fleurs. Ne t'attends pas à un plan thése/antithèse/synthèse, parce que là-dessus je suis à peu près aussi décidée que le Pape si on lui proposait de relooker la Papamobile en léopard, ou Christina Cordula si je devais lui expliquer les vertus de la marque Iron Fist.
Donc, je rappelle à toute fins utile qu'en matière de motifs, c'est un fait, l'homme s'est toujours inspiré de ce qu'il avait sous les yeux. Mate un vase japonais du peuple Aïnu, des pages enluminées de manuscrit médiéval ou les fleurs du mouvement Arts & crafts, et tu verras que c'est globalement vrai, ce que je te raconte et ça marche aussi pour le vêtement, qui reflète toujours la société dans laquelle vivent ceux qui le portent.

Artichoke wallpaper, by William Morris (Wikimedia).

Le motif fleuri, c'est toute une histoire, et même si on se réfère aux temps les plus proches de nous, et qu'on se contente de la fleur 18e qui ornait les salons de Marie-Antoinette ou des motifs 19e de l'Arts and crafts de William Morris, des 50-70's et de ces dames en robe attendant leur maris, ou des belles hippies du flower power, une société toute différente, à la temporalité plus lente, et dont on resuce les codes indéfiniment depuis une bonne vingtaine d'années.
Alors en 2015, porter des fleurs, est-ce que ça a encore du sens, quand pour nous autres pauvres citadins pressés, la nature c'est un ramassis de tulipes boostées aux pesticides par les agents municipaux, et trois arbres faméliques à demi asphyxiés par les exhalaisons des pots d’échappements ?
Dans notre société du béton, où tout est design et où la mauvaise herbe n'a plus sa place, on l'a voulu de tout notre cœur, ce blanc-noir-fluo qui n'a plus rien de naturel, et cette vie trépidante qui nous oblige à organiser nos fringues "to make an impression" de manière efficace et variée. Au moins pourrions-nous avoir l'honnêteté de le reconnaître dans notre allure de tous les jours : les fleurs se réfèrent à un temps si différent du nôtre que c'est un mensonge sémantique que d'en arborer comme on en portait au XXe siècle.

Il y a pourtant des manières de porter ce motif compliqué : tu te rappelles 2013, les fleurs sur fonds noir ? ça m'allait parce que j'y percevais le même cynisme qui parcourt notre société désabusée, cet à quoi bon post-moderne qui s'applique à tout : on portait le deuil des fleurs, elles étaient aussi littérales qu'un aphorisme moqueur d'Oscar Wilde. Après, comme si cette parenthèse réaliste s'éteignait, nous avons subi cet éphémère folie des feuilles tropicales, en plein milieu du n'importe quoi, qu'il ne fallait suivre sous aucun prétexte puisque neufs les vêtements portaient déjà les promesses de leur très rapide désuétude (parle-moi du junk-space à la Rem Khoolaas, car chaque domaine de notre quotidien témoigne de la justesse de ses vues : du junk-clothing à date de péremption rapide, voilà ce que c'était). Et là, paf, 2015, les fleurs reviennent, datées, déjà vues, partout. Il faut arrêter de se mentir : l'humain du 21e siècle est tout aussi design et  artificiel que l’environnement qui l'entoure. Dans la rue, il est une bulle de sens aussi complexe qu'une page de publicité, il se représente aux autres, se vend, tout en n'ayant pas de temps à perdre. Si la couleur brute, et les motifs géométriques, ou liés à un sens proche de lui (le petit monde graphique pop, gothique ou contestataire des 50 dernières années possède des ingrédients bien plus utilisables dans notre réalité actuelle) ont encore une raison d'être, les fleurs portées au premier degré, qui appartiennent à un temps où l'on en avait (du temps...), où la nature était un ingrédient commun à tous et le soin apporté aux détails fondamental, les fleurs, c'est un langage esthétique à laisser à des maîtres de la haute couture pour les supra-riches rétrogrades qui ont encore cette vie-là, mais pour nous, qui dans les rues sommes présent et avenir, c'est bel et bien fini.



mardi 14 avril 2015

Liens : le retour du sténopé

Chère Aurélie,

Alors que tu te remets tout doucement de tes grandes aventures américaines, voilà un mini-article sur ce sujet que j'ai bien l'intention d'approfondir, mais qui n'est pour l'instant qu'une ridicule boîte à chaussures dans un coin de mon crâne: je veux m'interroger sur la production contemporaine d'images, et donc produire des images, et même si je fantasme des trucs autours de l'impression comme la linogravure et la sérigraphie, c'est la photo qui me fait froustiller* ce tantôt.
Mais pas n'importe laquelle.

Parce que la "grande" photographie me fait un peur, avec sa technique toute pointue et ses beaux experts. Non, je veux du fun, et commencer par comprendre pour de vrai comment ça marche, la reproduction du réél sur papier.

Alors en ce moment, je bavouille à l'idée de bidouiller un sténopé.
Qu'est-ce que c'est ?
L'ancêtre de l'objectif, le degré 0 de la bricole photographique, un truc qui nous vient des camera obscura italiennes de la Renaissance (à ce sujet, il y avait une nouvelle terrifiante portant ce nom dans un recueil Alfred Hitchcok présente quand j'étais ado).
On s'en sert pour des photos très étranges, et curieusement datées...

Dans mon recueil de liens pour cette ténébreuse activité, on trouvera ceci :

un mode d'emploi
un groupe de fans du sténopé
un truc tout prêt avec des cours si vraiment j'y arrive pas

Voilà mon projet du printemps, j'ai hâte de trouver du temps pour le tester !



* frémir + croustiller, c'est le verbe descripteur ultime quand on aime un truc, non ?

lundi 6 avril 2015

In love with Hedwig

Chère Laurence,

J'avais prévu de te raconter comment, après une petite semaine à peine, je suis imbattable pour m'orienter dans Manhattan, comment, après un moment de confusion, je suis devenue une adepte des rues numérotées par ordre croissant, comment j'indique leur chemin aux autres touristes, et comment New York a déjà un petit goût de "chez moi".
Je voulais aussi te décrire ce sentiment étrange en découvrant une ville qu'on a l'impression de connaître déjà. Parce qu'elle fait l'objet de tant de descriptions et de fantasmes. Mais aussi parce qu'elle est si proche de nos capitales européennes. Du coup, tout semble normal, mais juste un peu décalé. Les passants pressés pourraient être des parisiens stressés. Les rues sont juste un peu plus pleines de voitures, un peu plus riches en taxis jaunes et en hummers si hauts que je n'arrive pas à voir le visage des conducteurs. Le réseau de métro est aussi grand que celui de Londres, et aussi sale que celui de Paris - mais les différentes directions sont juste un peu moins bien indiquées.

Bref, chère Laurence, je ne parlerais pas de tout ça, car tout à changé samedi soir. Laurence, I am in love. C'est du sérieux. I'm completely smitten. Je ne pense plus qu'à elle et je chantonne son nom dans mon sommeil...
Samedi, on est allés voir Hedwig and the Angry Inch. C'était une débauche de flashs et de guitares saturées, de fourrures, perruques et paillettes. Hedwig était interprétée (pour l'une de ses toutes dernières représentations apparemment), par John Cameron Mitchell qui était fa-bu-leux. Accompagné par la toute aussi fabuleuses Lena Hall. J'ai été émue et captivée, et j'ai eu l'impression de me transformer en fan dès les premières notes de la première chanson.
Je te laisse donc en musique, car Hedwig saura mieux te dire tout ça que moi. (Et avec Neil Patrick Harris, just because.)


- Aurélie

jeudi 2 avril 2015

Lien : Londres, une ville pleine de mystères

Hello chère Aurélie,
Hello où que tu sois, en train d'essayer de te faire embaucher à la New York Library ou de déguster un sandwich au pastrami. J'espère que ton séjour se passe bien, que les New yorkais seront aussi merveilleux que dans la série Broke Girl et que tu reviendras en grande forme.

Paris est éclairé par un beau soleil printanier (ce qui nous change de ce proverbial nuage de pollution de la semaine dernière), et cela réveille chez moi de folles envies de psychogéographie.

Or, il se trouve que cette belle discipline a été inventée par des Londoniens, et il y a une raison : partout où l'on pose le regard, si l'on ne contente pas des magasins et de l'activité bourdonnante, le passé affleure.




Le journaliste Peter Watts le sait pertinemment, et s’intéresse aux traditions de sa ville sous toutes leurs formes. En lisant son blog, tu apprendras à regarder sous les grilles d'aérations pour y voir d'anciennes rues enterrées, tu découvriras les boutiques les plus authentiques (et les plus étonnantes)plus jamais tu ne regarderas ton A to Z (complément vital du sac à main Londonien) comme avant...

Comment ça tu es déjà occupée à New York ?
Allez, Hop !

PS : Je te souhaite de très, très bonnes vacances, et de belles photos à nous montrer :-)