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lundi 20 avril 2015

L'impossible rêve du jean parfait

Chère Laurence,

Merci pour ton article sur la mode et les fleurs. Je suis toujours enchantée par ton lyrisme, même si je ne suis pas forcément d'accord. Tu nous annonces la mort des fleurs, au prétexte que nous nous sommes éloignés de la nature. Mais je t'opposerais deux arguments : 1/ le retour des citadins vers la campagne ; 2/ le business des fleuristes. Je ne poursuivrais pas, ce n'est pas ma spécialité, mais les gardenias dans ma chambre te prient de bien vouloir me croire : la fleur n'est pas encore tout à fait morte, même au sein des villes tentaculaires !

Sur ce, passons au sujet du jour. Je voudrais, moi aussi, te parler de mode. Mais cet article-ci sera bien moins lyrique et beaucoup plus pragmatique. Vois-tu, ça fait des mois que je suis en quête du jean parfait.
Je dis "Parfait", mais ne crois pas que je soit ultra chicaneuse et que ma quête soit vouée à l'échec dû à des demandes si complexes qu'elles ne seraient possibles à satisfaire, même par la plus dévouée des couturières. Rien de tout ça. D'ailleurs, tu peux juger par toi-même. Voici mes critères.
Je veux un jean qui soit :
  • À ma taille ;
  • De bonne qualité.
Je n'ai pas vraiment de critère de prix : pour une fois, je suis prête débourser ce qu'il faudra pour posséder au moins un item de qualité (dans la limite du raisonnable tout de même).

Or il semblerait que ces demandes - a priori simples - soit mutuellement exclusives. Il y a quelques semaines, j'ai entrepris de me faire tout Oxford Street. Je suis entrée dans chaque boutique et voici mon constat : les marques à peu près correctes, qui proposent des jeans de qualité, ne font pas les "grandes tailles". Ou si elles en ont quelques unes, c'est toujours dans les plus grandes longueurs de jambe (ce qui ne m'arrange pas vraiment : si je mets le prix pour avoir quelque chose de bien, ce n'est pas pour avoir à m'emmerder à faire un ourlet !).
Et les marques qui proposent ma taille ont des jeans dont la qualité se rapproche de celle du papier à cigarette, qui décèdent de leur belle mort dans les deux mois (et ça je peux en témoigner : c'est le genre de jeans que j'achetais jusque-là).

J'ai retenu mon souffle en découvrant que River Island proposait des jeans en taille 18 (l'équivalent d'un 46 à peu près partout). J'ai déchanté une fois dans la cabine d'essayage en découvrant sur l'étiquette une mention "FR 44" et en m'apercevant qu'il taillait effectivement dans les environs du 44, voire un peu plus petit. Dommage pour moi.

Tout ceci n'est que mensonges !


Lors de mon voyage aux États-Unis, je suis bien entendu allée faire un peu de shopping. Et là, miracle, luxe et volupté, j'ai découvert Old Navy. J'ai pu y essayer des jeans sympas mais trop grands pour moi (ce qui m'a beaucoup fait rire : ça faisait des années que ça ne m'était pas arrivé) et trouver "la" paire de jeans qui répond parfaitement à mes critères : à ma taille, et de (pas trop mauvaise) qualité. Je dis "la" car les autres, même en longueur de jambe "short" étaient trop longues.

Mais mon problème ne s'arrête pas là. Une paire de jeans, c'est bien joli, mais ça ne dure qu'un temps et ça ne te fais pas une garde-robe. Old Navy n'a pas de magasins en Europe. Si je voulais, je pourrais passer outre les frais d'envoi exhorbitants et en commander outre-atlantique. Mais si il faut renvoyer des items, ce sera pour ma pomme.

Alors pour la suite (les autres styles et couleurs de jeans que j'aimerais bien ajouter à ma capsule), la question reste entière et irrésolue : suis-je condamnée à mettre des jeans de merde ? Pourquoi le marché de la mode ne veut-il pas de mon argent ? À quand des marques inclusives qui proposent dans toutes les tailles des vêtements de qualité ?

Si tu as le moindre début de réponse à ces questions, chère Laurence, chers lecteurs, je t'en prie, fais m'en part !

- Aurélie

vendredi 6 mars 2015

Créer son "uniforme"

Chère Laurence,

Merci pour ton article d'hier, je vais m'amuser à faire gigoter mes zygomatiques. Et Gustavette est super chouette.

Aujourd'hui, restons dans la superficialité, avec un blog mode que j'ai récemment découvert.
Tu te souviens bien sûr de l'histoire de la garde-robe capsule ? Et bien, Into Mind va plus loin que le minimalisme pour ajouter au concept de la capsule celui de notre style personnel. Je sais que tu vas l'adorer.
J'ai passé un sacré moment à lire tout un tas d'article, alors je te passe mon préféré : un article en deux parties sur la création d'un "uniforme" (ou signature look).
La première partie explique de quoi il s'agit ; la deuxième nous montre pas-à-pas comment créer le notre. Cet uniforme va ensuite beaucoup t'aider à construire une capsule efficace.

Bon, tu imagines bien que je me suis amusée à tester l'idée. Du coup, lundi, au lieu de bosser sur mes autres projets, j'ai passé trois heures sur Pinterest à épingler à tour de bras de jolis modèles en "plus size". Et encore un peu plus à me triturer les méninges pour organiser mes idées en proprotions, couleurs, etc.
Du coup, voilà, je te donne en avant première mon uniforme de printemps...

Le dessin c'est pas vraiment mon truc. Tu apprécieras l'effort !
Bon, ben y a plus qu'à ressortir toutes mes affaires et trier ce qui pourrait bien aller avec ça. Et repartir faire du shopping. :)

- Aurélie


lundi 2 mars 2015

Mon gras, le sport et moi

Chère Laurence,

J'ai failli poster ce lien la semaine dernière, mais j'ai décidé que non : j'avais besoin d'espace pour penser et t'écrire tout ce qu'il m'inspire, pour te dire à quel point je comprends.
Va donc le lire, je t'attends.

Comme l'auteure, j'ai l'impression d'être perdue dans ce no man's land des attentes sociétales. Je suis, grasse, mais j'aime courir, nager, grimper, faire bouger ce corps qui est le mien.
On veut nous faire croire que gras et sports sont antithétiques, alors qu'il n'y a aucun lien. On peut être maigre et ne pas passer son temps à la salle de gym. On peut être grasse et être amoureuse de son rameur. Et toutes les nuances possibles entre les deux.
Sauf que ce n'est pas ce qu'on nous dit. On ne nous dit pas qu'on peut faire du sport pour le plaisir. On doit forcément faire du sport pour "être en forme", pour "garder la ligne", et, si l'on ne correspond pas au body type en vigueur, pour perdre du poids.

Du coup, j'ai toujours l'impression qu'on me regarde d'un œil suspect ou compatissant. Quand je cours la Parisienne ou l'Odyssea, les encouragements du public me semblent toujours teintés de pitié. Vas-y, tu peux le faire, tu vaincras contre ton gras.
Sauf que je ne veux pas vaincre. Je ne pense pas qu'il me soit nécessaire de vaincre quoi que ce soit. Mon gras, c'est aussi moi, et j'ai appris à l'accepter, le respecter et l'aimer comme le reste de mon corps. Même si ça n'a pas toujours été facile.

Alors c'est la colère - non, la rage - qui m'envahit quand le monde qui nous entoure me fait comprendre qu'il considère mon gras comme un problème, comme un ennemi à vaincre, comme un barbare sans droit de cité.
Je ne cours pas pour me punir d'avoir mangé deux pancakes ou une énorme raclette. Je cours parce que ça me donne l'impression d'être superwoman. Parce que j'aime ça.
Et j'enrage quand la société toute entière refuse de me croire, ne me donne même pas le bénéfice du doute, et suppose que je fais du sport pour vaincre mon "problème" de poids.

Et j'enrage plus encore quand on me fait comprendre que je ne mérite pas de faire les sports que j'aime : il faudrait que je règle mon "problème" d'abord à coup de régimes dangereux, de sueur, et de larmes.

Le problème, c'est quand dans un club de plongée, il n'y a pas de combinaison à ma taille.
Le problème, ce sont les ampoules sur mes doigts alors que j'essaie de faire remonter le néoprène de la combinaison sur le gras de mes cuisses.
Le problème, ce sont les trois gars qui tirent sur mes bras à m'en démonter l'épaule pour faire passer mes ailes de batman.
Le problème, c'est que je ne retournerais pas dans ce club où tout le monde se voulait si gentil et aidant.
Le problème, c'est que j'angoisse à l'idée de ce qui se passera lors de ma prochaine plongée, ici ou ailleurs : pourrais-je rentrer dans une combinaison ? Cela prendra-t-il une heure de bataille ? Finira-t-on par me dire que non, ce n'est pas possible, il faudra y aller en maillot de bain ma petite dame ? Ou que ce n'est pas possible du tout et que je ne pourrais pas plonger ?
Le problème, c'est que tout mon être désire retourner sous l'eau, explorer des épaves, observer les poissons, respirer de l'air comprimé dans le silence de la mer et faire des bulles.

Le problème, c'est que cette année, il n'y avait pas de pantalon de ski à ma taille au rayon femmes du Décathlon d'Annecy.
Le problème, c'est que leur taille la plus grande, un 46/48, taillait comme un 42.
Le problème, c'est que skier et l'un de mes plus grands plaisirs.
Le problème, c'est que j'en rêve la nuit.

Le problème, c'est que, dans le club d'aviron que je fréquentais, les entraînements débutants se faisaient en groupe, sur de grands bateaux, avec pour objectif de nous faire rentrer dans l'une de leurs équipes de compétition amateure.
Le problème, c'est que ma technique est excellente quand je peux aller à mon rythme.
Le problème, c'est que je m'épuise facilement.
Le problème, c'est qu'après avoir ramé vingt minutes à une allure que les autres trouvent lente, je me fatigue, je m'essouffle, et ma technique passe par la fenêtre.
Le problème, c'est que le barreur doit faire arrêter tout le monde pour me dire de faire attention à la façon dont je tiens mon aviron.
Le problème, c'est qu'il faut qu'on s'arrête pour moi encore et encore.

Le problème, c'est que je suis le maillon faible.
Le problème, c'est que pendant les deux heures de trains qui me mènent jusqu'à la Tamise, j'angoisse à l'idée d'emmerder tout le monde encore une fois.
Le problème, c'est que je n'y vais plus.
Le problème, c'est que mon cœur se serre à chaque fois que je passe près d'un plan d'eau.
Le problème, c'est que j'adore ramer, me propulser sur l'eau claire à la force de mes bras. À mon rythme.

Le problème, c'est que dans tous ces cas, j'ai l'impression que la société me hurle que, non, je ne mérite pas de faire ce que j'aime.
Le problème, c'est que j'ai l'impression qu'on me punit car mon corps ne leur convient pas.
Le problème, c'est que je refuse d'abandonner.
Le problème, c'est que je vais lécher mes blessures, faire un break, et retourner à l'attaque quand j'en aurais de nouveau le courage.
Le problème, c'est que c'est mon problème à moi et que je voudrais que ce soit le problème de tous.
Le problème, c'est que je voudrais que mon corps soit pris en compte comme un corps valide, comme un corps capable, comme un corps en vie.
Le problème, c'est que j'ai besoin de vêtements à ma taille, de programmes non compétitifs, d'entraîneurs compréhensifs et respectueux.

Le problème, c'est que j'en ai marre d'avoir à me battre.

Le problème, c'est que ce n'est pas mon corps le problème.

- Aurélie